Synridie, année 25 de l'an
3.
L'orage s'était abattu depuis une semaine, la
pluie arrosait abondamment l'immense plaine ondulée, inondant le
sol et prenant la forme d'un énorme bourbier.
Sur la
côte ouest du territoire se trouvait isolée, Bjarkøya, la cité des hommes du nord.
Une
quarantaine de maison éparpillées, se dressaient fièrement au bord
de la mer.
Ces
maisons en forme de bateaux renversés, basses et larges, étaient
construites de bois et de terre. Les toitures faites de chaume,
résistaient aux éléments déchaînés.
Les
éclairs luisaient dans les cieux et le tonnerre donnait un concert
des plus effrayant. Pourtant les cris des hommes semblaient couvrir
le ronflement d'Astère le dieu tonnerre, tous étaient réunis dans
la grande salle des réunions, tous rassemblés devant Rodrigue,
vieillard fatigué, mais pourtant chef arrogant.
Près du
chef se trouvait le prêtre Arobase, garant de la protection des
dieux et craint de tous, son aspect rebutant, sale et hirsute, dont
l'œil fauve et vicieux parcourait l'étendue de la
salle.
Les
guerriers du nord hurlaient car les gobelins du maître sorcier,
Zarkar, se trouvaient aux portes de la cité, et avec eux bon nombre
de guerriers orcs aux mains pleines de sang. Depuis trois lunes,
les guerriers nordiques avaient vainement repoussé les hordes
vertes, trois lunes ou ils avaient vu mourir leurs pères, frères,
amis et autres membres de leurs familles. Alors la colère était
descendue dans leur cœur à cause de l'impuissance de leur
chef et des imbécillités que leur avait fait avaler ce soit disant
prêtre, aimé des dieux dont certains vantaient les pouvoirs
surnaturels, que personne qui soit dit en passant n'avait eut
l'occasion de voir.
Rodrigue
essayait de sa voix perdue par les âges, de se faire entendre. Il
avait beau s'égosiller et résonner tel ou tel guerrier sur lequel
son regard s'arrêtait au hasard du troupeau féroce qui lui faisait
face, les esprits étaient tellement échauffés, que le filet de voix
qui sortait entre ses dents arrivait aux oreilles de ses
détracteurs, comme un murmure inaudible. La peur le prit au
cœur et il eut la réaction qu'il ne devait pas avoir, cette
réaction qui donna à la meute en colère le signal de la curée... le
recul.
- "Cela
suffit !"
Ce cri
terrible accompagné d’un grondement de tonnerre, s'élevait au
font de la salle et couvrit tout les autres par l'intensité et
l'effroi qu'il avait engendré. Tous furent arrêtés dans leur élan
et tous se retournèrent vers l'étranger qui avait poussé ce cri.
Alors ils s'interrogèrent. Qui était-il ? Ce cri n'avait rien
d'humain. Peut-être un dieu appelé par le prêtre pour lui venir en
aide ?
Devant
eux, un homme d'âge mûr, brun, les cheveux long, la
quarantaine.
Un homme
assez grand, d'une carrure sans grande prétention, mais qui
dégageait une aura imposante. Le regard froid et les sourcils
froncés, il les observait avec une colère soutenue.
Cet
homme était vêtu d'un long manteau sombre lui couvrant la totalité
du corps, trempé par la pluie qui continuait inlassablement de
tomber. Dans sa main droite un long bâton sculpté de serpents
tournoyant autour du sceptre, tel des reptiles sortis de terre et
s'élevant dans les cieux. Ce très bel objet était surmonté d'un
rubis sombre, noir, éteint.
Après un
moment qui sembla durer une éternité, l'homme s'avança en direction
de Rodrigue. A chaque pas, l'étranger faisait marteler son bâton et
le fracas de ce dernier s'accompagnait du bruit sourd de
l'orage qui s'éloignait.
Les
hommes mi effrayés, mi intrigués, lui ouvrirent une route à chaque
pas rythmé qui s'élançait sur eux, comme une boule de bowling
fonçant intraitable vers ses proies, statiques et frêles, les
quilles.
- "Salut
à toi Rodrigue fils d'Ascaïr le preux, chef autrefois aimé,
respecter et craint de son peuple, celui des hommes du nord, les
fougueux bjarkøyards, aux cœurs
dégoulinant d'orgueils."
-"Salut
à toi ! répondit le chef Rodrigue, dont la voix s'était
presque éteinte. Que me vaux la venue de l'homme qui par sa
présence, sauva au moins pour cette fois le fils de celui que tu
viens de citer."
-" Je
viens vers toi de la part du roi au-dessus des autres rois et des
dieux. Je viens vers toi, car j'ai choisi ton peuple pour venir à
bout du mal qui ronge la moelle et le corps de la mère des
hommes."
-"
Pourquoi me parler en énigme ? Qui est-ce roi qui est
au-dessus des dieux et des souverains de ce monde ? Parle moi
comme un homme et non comme si tu devais parler à un
enfant."
L’homme sembla agacé par le vieil homme et le ton de
celui-ci se fit plus féroce.
-"Je ne
te demande pas d'interpréter de par qui, ni de ce pourquoi je suis
là, mais tout ce que je demande c'est une aide de ta part et je
saurais t'en remercier en sauvant ton peuple qui pourtant par son
attitude envers toi, et par son manque de loyauté et d'honneur ne
mérite par les honneurs de ma présence en ces lieux."
Un
murmure se fit alors entendre, et le vacarme qui avait pourtant
cessé, reprit de plus belle, mais cette fois les cris tombèrent sur
l'étranger dont le nom leur était encore inconnu.
Un homme
pourtant parmi eux les calma, les cheveux blonds, longs et tressés,
le regard bleuté, la barbe broussailleuse, l'allure altière et
colossale. Olafr était le nom qui lui avait été donné. Il était
l'un des meneurs de cette rébellion, respecté par tous, il lui fut
facile de restaurer le calme. L'étranger le remercia.
-"De
quelle façon peux tu nous sauver étranger, et qui es-tu? Lui
demanda Olafr.
-"Mon
nom ne te dira rien. Mais avant de te dévoiler mes intentions,
sache… (Se retourna vers le chef du clan, Rodrigue) que je
souhaite réquisitionner un guerrier de ton clan afin d'intégrer un
groupe qui nous sauvera à jamais du noir Zarkar."
Les
rires fusèrent dans la pièce. Rodrigue toutefois eut un regard vers
son prêtre qui se trouvait toujours à ses côtés.
-"
Étranger, quel comique fais tu, dit Olafr, sache que Zarkar est
beaucoup plus puissant qu'il ne le fut, sache qu'il n'y eut que les
quatre maîtres mages qui vinrent à tuer Zarkar, mais de nos jours
Zarkar est beaucoup plus puissant, il contrôle Nine-Kérala,
Isnorria et bientôt il prendra notre territoire afin
d’anéantir les elfes qui par leurs magies résistent de leur
mieux aux attaques démoniaques. Le vieux monde sera à lui et par la
même occasion le monde en son entier. Fjolen toutefois ne
l'intéresse pas, elle est trop froide, il s'en occupera à la fin
comme un bon dessert glacé."
-" Belle
analyse, dit l'étranger, et donc tu laisserais faire le roi
sorcier, sans rien dire. Mais qu'en pense votre chef et surtout
votre prêtre, Arobase."
Ce
dernier dont on n'avait pas encore entendu la voix, regarda
Rodrigue et s'adressa à l'étranger.
-" J'ai
fais un rêve, étranger, la nuit dernière. Dans ce rêve, un grand
dragon est venu me visiter. Il était de couleur blanc et le reste
de son corps je ne peux te le décrire, car je m'inclinais
tellement, de peur d'être foudroyé.
Toutefois j'écoutais attentivement ce qu'il avait à me dire et j'en
conclu qu'il ne pouvait être que le cinquième dragon divin, celui
qui est si cher à Bangkar, le roi des dieux. Dans ce rêve, il me
prédît ta visite et me dit de suivre à la lettre ce que tu
demanderais."
-" Alors
qui veux bien se proposer pour cette mission, qui pour moi est un
aller simple vers la mort. Demanda le chef Rodrigue."
Le
peuple nordique à pour prétention de rire de la mort, malgré
l'attitude de Rodrigue qui n'est guère apprécié de ces sujets. La
seule chose qui garantit son statut c'est le souvenir de son père,
Ascaïr dit le preux, grand guerrier, stratège hors pair et
défenseur de l'ordre moral. Alors tous se proposèrent, chacun
hurlant plus fort que son voisin. Le roi Rodrigue interrogea son
prêtre qui lui non plus ne savait que faire. Le tumulte reprit,
chacun évoquait ses exploits passés, et juraient par Bangkar ou
Brannos le dieu guerrier du soleil, de se sacrifier. Rodrigue était
confronté de nouveau au brouhaha infernal qui régnait depuis le
début de la soirée. Qu'allait il décider ? Qui méritait de
suivre un destin hors norme ? Lui-même aurait bien voulu, mais
il était si faible et si dépassé par les évènements. Son regard
alors se porta sur l'étranger afin qu'il lui vienne en
aide.
-" Je
vois que même pour cela vous n'arrivez pas à prendre une décision.
Eh bien, soit ! Je la prendrais à votre place."
Le
regard de l'étranger se porta de nouveau sur l'ensemble des
Bjarkøyards. Tous se turent et chacun
espéraient être l'élu. Il fit de nouveau taper son bâton sur le sol
et marcha à la rencontre de la majorité des volontaires. D'un seul
coup, le rubis s'illumina, Il leva son bâton tel un sceptre et le
tendit à travers la foule. Ce dernier avait choisi un guerrier
parmi tant d'autre, Bjarn fils d'Asgeir.
Bjarn
n'était pas l'un des plus impressionnant par son physique et
surtout pas le plus jeune d'entre tous, car il avait atteint les
quarante deux ans, qui pour un guerrier Bjarkøyard est un âge avancé. Bjarn était un homme
courageux, un guerrier très réputé malgré sa petite taille soit un
mètre soixante six, une barbe courte, les cheveux blond, mi-long
avec deux longues tresses sur le coté gauche du visage. Tous
respectèrent le choix de l'étranger, malgré la stupéfaction qui
s'était lue sur leur visage.
-"Alors
étranger ! Dis nous maintenant tes intentions pour nous sauver
d'une invasion imminente. Est-ce un tour de magie qui va nous venir
en aide ? Lui dit Olafr."
-"Non
lui rétorqua celui-ci, demain à l'aube, lorsque vous irez combattre
l'ennemi, vous n'y serez pas seul, car j'ai convaincu les hordes de
garous de venir vous aider. Les hommes loups sont constitués de
trois milles hommes et vous connaissez leur réputation de
combattants. Un garou a la force de six hommes et lorsque les peaux
vertes les verront à vos cotés, je pense qu'ils choisiront une
autre destination afin de conquérir les elfes."
-"C'est
pas possible que les garous aient décidé de nous venir en
aide ! Ils appartiennent aux légions noires de Zarkar. Tu veux
nous envoyer à la mort. Es-tu un sorcier maléfique venu nous
corrompre à la solde du noir sorcier ?"
-"Ne dit
pas de bêtise, Olafr, j'ai simplement agi de la même façon qu'avec
vous. Et si tu veux savoir, le puissant roi Wolfer, se souviendra
longtemps de notre entretient
disons…plutôt…musclé."
L'étranger eut un sourire en coin et interpella Bjarn.
-" Viens
avec moi, Bjarn, il faut partir."
Ils
sortirent de la salle, en même temps que la foule de guerriers.
Alors que Bjarn se rendait chez lui dire au revoir à sa femme
Svarri la rousse, et à ses deux enfants Jorm et Aïno, l'étranger le
suivant lui demanda de se rendre au pays des elfes mages, Elfinaël,
dans la cité des archives, Inaëlle. Bjarn interloqué sur sa
destination se retourna pour en savoir plus, mais l'étranger avait
disparu.
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